English
121_2129_r2.jpg
Home arrow Blog
Les trois maux Français
Sunday, 12 October 2014

Les trois maux Français: corporatisme, défiance et  irresponsabilité politique (aussi à l’université) 

En France, il est possible d’identifier trois problèmes qui limite le développement du pays : le corporatisme, la défiance (Algan, Cahuc et Zylberberg, la Fabrique de la Défiance 2012) et l’irresponsabilité politique (de closets, Le divorce Français, 2008). Ces maux engendrent un fonctionnement hiérarchique basé sur la défiance qui s’avère au niveau global bien peu efficace. Ces maux se retrouvent à tous les niveaux et dans toutes les institutions.

Je prendrai ici le cas de l’université (dont  je connais trop bien les problèmes !)  pour illustrer concrètement les conséquences de ces maux. J’essayerai d’en tirer également des solutions qui ont déjà quelquefois pu à petite échelle améliorer le fonctionnement et qu’il faudrait expérimenter à grande échelle.

 1-  Le corporatisme : des interactions destructives

Le corporatisme est très implanté en France. Cela conduit à former des groupes avec une idéologie collective (limitant la liberté de pensée individuelle) et surtout à développer une notion de défense du groupe établi.

Un exemple typique, particulièrement bien établi dans les universités, est la Franc-maçonnerie : ce groupe de réflexion se voulant humaniste au départ  est devenu au fil du temps un groupe de pression qui cherche à placer ces éléments dans tous les rouages en haut de la pyramide. L’idée est alors de placer des personnes moins compétentes – et donc moins bénéfique au collectif- mais appartenant au groupe – et donc moins dangereuse pour le clan-. Ce fonctionnement clanique est encore bien présent dans de nombreuses institutions.

Par endogamie, ces groupes se déconnectent de la société (c'est-à-dire des individus). A titre d’exemple, c’est ainsi que petit à petit les politiques (souvent des avocats) savent mieux comment placer l’argent –et éviter l’impôt- que gérer efficacement des comptes en fin de mois. Ce comportement corporatiste (ou clanique) renforce un fonctionnement hiérarchique fort pyramidal et une guéguerre permanente entre les groupe et est générateur de défiance.

 

 

Tout système naturel (corps humains, écosystème, ….) fonctionnant sur ce schéma là serait voué à une disparition rapide car mal adapté à son environnement. Des études montrent que ce schéma semble s’être installé en France dans les années 1950. Combien de temps encore les Français gâcheront  leurs temps et de leur  énergie  dans un système où 1+1<2 ?

La solution repose sur une meilleure interaction (constructive) entre les groupes. Il existe par exemple dans une université des administratifs et des enseignants chercheurs. Ces différents groupes habitent chacun dans une pyramide et travaillent sans connaître les contraintes de l’autre groupe (on pourrait bien sur appliquer aussi cela aux politiques et aux citoyens !). Une ancienne déléguée régionale du CNRS a bien compris l’importance de ces interactions et a commencé par établir des liens entre ces groupes en demandant aux administratifs de faire des séjours en laboratoire et en multipliant la venue des chercheurs à la délégation régionale. Les différents groupes ont alors compris les contraintes et les problèmes de chacun. L’idée de supplémentarité entre individus s’instaure alors : chacun comprend à quoi il sert dans le fonctionnement de l’organisme et pour lequel il travaille.   La défiance initiale  est progressivement transformée en défiance. C’est ce type de solution qu’il faut appliquer au niveau national. Comme discuté dans les livres de Jeremy Rifkin (La troisième révolution industrielle , 2012), il est probable aussi que l’économie verticale (pyramidale) soit remplacée par l’économie horizontale (circulaire) et par des communaux collaboratifs (à écouter : rediffusion France inter 18h 25/09/2014).

2-   La défiance : des règles paralysantes

La défiance est une des plaies du système Français (voire Européeen). Ce sentiment conduit à considérer à priori l’autre comme un possible fraudeur. On édicte alors des règles qui s’appliquent à tous pour éventuellement empêcher la fraude d’un. Pour un possible fraudeur, on ralentit ainsi l’ensemble des individus. Des pages entières pourraient être écrites sur l’absurdité de ces règles dans une université ou au niveau national (la procédure des marchés qui conduit à avoir des prix plus cher dans la collectivité que pour un particulier et qui a conduit également à détruire massivement des emplois dans des petites sociétés Françaises au profit de multinationale souvent étrangères , les règles pour les concours universitaires qui conduisent à ce que les personnes qui recrutent les personnes dans leur service ne puissent pas participer au jury, …). Ces règles et procédures sclérosent tous les systèmes et les personnes travaillent pour appliquer des règles mais pas pour faire avancer le système dans lequel elle travaille. La "société de méfiance" dans laquelle nous vivons fait que le comportement des citoyens (tel qu'il est perçu par l'administration) doit toujours être plus surveillé et encadré (lien vers un article d’Atlantico). Les individus non fraudeur pour survivre mettent leur énergie à essayer d’appliquer les règles puis, si ce n’est pas possible ou trop difficile, trouvent  des moyens pour contourner ces règles ce qui en appellent de nouvelles et le système se paralyse. Les fraudeurs eux ne sont pas inquiétés pour autant.  Ce système est évitable et des pays comme les Etats Unis partent à priori avec des notions de confiance, mais attention à celui qui triche.

Ainsi pour suivre cet exemple,  en France on a fait miroiter aux universités l’autonomie : ce qui devrait se traduire par plus de liberté et des choix possibles. Mais on a oublié qu’en France les règles sont si nombreuses que l’autonomie ne sert à rien ; les choix se restreignent le plus souvent à une possibilité : la même pour tous. L’autonomie n’a été pour l’état que la solution pour se débarrasser de problèmes et au passage de transférer des charges sont donner de moyens supplémentaires. Ce n’était pas la bonne solution !

La solution est d’instaurer la confiance par une meilleure connaissance de l’autre, de ces problèmes et de ces contraintes. Les règles ne doivent pas s’appliquer pour éviter les fraudeurs (et donc être appliquer bêtement à la lettre) mais pour permettre un fonctionnement organisé et cohérent du système qu’elles sont censées réguler : il faut introduire de la flexibilité dans ces règles. Il faut multiplier les contrôles  (pour pouvoir appréhender les fraudeurs) mais assouplir les règles qui s’appliquent à tous. La règle des marchés publics n’empêchent toujours pas la corruption (des affaires apparaissent toutes les semaines dans les actualités) mais sclérose le fonctionnement public. Au contraire, toute affectation de moyens par l’état devrait être basée sur la confiance envers celui qui sera amené à l’utiliser. Par contre, des contrôles doivent s’opérer et les tricheurs durement sanctionnés.

3- L’irresponsabilité politique : l’absence de compromis 

Il est malheureusement presque inutile d’argumenter sur l’irresponsabilité politique tant cela est un sentiment partagé par le citoyen. Il suffit de regarder une séance de l’assemblée pour s’apercevoir que 80 % du temps et de l’énergie consommé par un politique (et qu’il devrait consacrer à son pays) sert à alimenter la guéguerre civile droite-gauche.  On a l’impression que la politique repose sur un besoin affligeant de polémiquer : seul les guerriers de la politique doit réussir à conserver leur poste et à pouvoir s’afficher en tant que chef de meute. La guéguerre veut dire également qui faut faire des cadeaux à ses bons combattants et chercher à détruire les succès de ses opposants. Cette irresponsabilité tire probablement ces origines de la lutte de pouvoir qui veut que dans des sociétés pas assez civilisées (ou trop médiatisées) la luette est remportée par ceux qui crient le plus fort. Les générations de politique ont donc assis leur pouvoir en guerroyant et en polémiquant plus fort que les autres.

Tout ceci empêche le compromis et la recherche de ce qu’il est le mieux pour le pays. C’est malheureusement un gâchis financier énorme. Les politiques sont généralement bien formé et devrait servir le pays or ils passent un temps important à alimenter des polémiques destructives et annihile le travail responsable que de politiques responsables (1+1 < 0 !). En voyant ce jeu de pantins, on ne peut voir que l’absence de solution (aucun compromis ne peut se dégager) ce qui ouvre la porte aux extrémismes.

D’autre pays comme l’Allemagne ne sont pas dans la polémique mais dans l’action pragmatique et la recherche de solutions. Ne serait ce pas parce que la société Allemandes est contrôlée par des technocrates et ingénieurs alors que la France est contrôlée par des Enarques ou des avocats?

La solution : La politique ne doit pas être un métier ce qui conduit à terme à ne penser qu’à rendre sa fonction pérenne et à ne pas chercher l’efficacité de sa mission. Il faut des personnes plus pragmatique missionnée pour une action à la tête du pouvoir pour de courte durée. Ces politiques ne seraient alors là que pour trouver des solutions aux problèmes de leur pays et trouver des compromis qui équilibreraient et donneraient de la constance à l’action politique. La discussion pour trouver un compromis aurait par ailleurs une vertu civique. C’est donc une série de mauvaises mœurs politiques à changer. En sommes nous capables ? A quelle échelle de temps ?

 Ces solutions reposent malheureusement sur une prise de conscience et un changement en profondeur de la société Française. L’évolution sera lente mais bien meilleure que de sombrer dans le radicalisme.

 
La recherche par projet conduit à la déstructuration des laboratoires
Saturday, 05 November 2011

Les laboratoires de recherche sont en France les structures de base où s'effectue le travail de recherche. Ces laboratoires permettent aux chercheurs de travailler avec un environnement matériel et humain que nous envient les chercheurs Américains. C'est le lieu orincipal d'échange entre les chercheurs travaillant autour d'une même thématique et le lieu de mise en commun des moyens pour développer de la recherche fondamentale et appliquée.

Or, le fonctionnement des laboratoires est actuellement entravé par la multiplication des projets qui amènent de nouveaux moyens au dépend des moyens alloués au laboratoire. Cette politique de recherche par projet se généralise avec :

  • des projets à l'échelle supérieure du laboratoire (LABEX, IRT, IDEX ...) qui sont des projets qui restructurent les périmètres de la recherche et conduisent à terme à une destructuration des laboratoires
  • des projets à l'échelle inférieure du laboratoire (ANR)  qui conduisent à l'individualisation de la recherche et à l'éclatement du collectif du laboratoire au profit des individus.  

Il faut noter que ces projets ont des échelles de temps de 3 à 5 ans alors que l'on sait que le temps caractéristiques de la recherche est de 10 à 20 ans. Ces projets conduisent à une consommation de la recherche plutôt qu'à une réelle production de recherche (voir article précédent). Généralement pour qu'un projet ait de la chance de passer, il faut qu'il soit "fashion" et que les risques soient faibles. Ceci va l'encontre de la recherche, où pour faire de la recherche il souvent faire preuve d'abnégation et de patience (faire de la recherche nécessite d'approfondir les connaissances) et donc ne pas forcément suivre les effets de mode tout les quatre matins) et prendre des risques importants en abordant des thématiques inconnues à la croisée de connaissances.

Cette politique de projet détruit ainsi petit à petit la recherche et les unités où se réalise la recherche. Les laboratoires ne sont pas libres de choisir de répondre à ces appels d'offre : il n'y a qu'une solution répondre aux appels d'offres pour continuer à avoir des moyens ou mourir à petit feu (la seule autre solution - à creuser- nécissiterait de se concerter pour choisir de ne pas répondre de façon collective à ces appels d'offres). Les laboratoires se voient donc dépossédés petit à petit des ressources qui lui permettent de développer une politique scientifique et de développer des axes de recherches forts et pérennes. Cette politique de recherche par projet conduira à l'étouffement des laboratoires (et en même temps du CNRS) qui font la richesse du paysage Français de la recherche. 

 
Recherche par projet : la crise du savoir en perspective
Tuesday, 28 April 2009

Article en pdf

Actuellement, la politique de la recherche mise en oeuvre consiste à développer la recherche par projet. Cette façon de faire de la recherche a plus tendance à consommer du savoir qu’à en produire et peut à long terme occasionner un déséquilibre. C’est un déséquilibre du même type entre la consommation et production financière qui est à l’origine de la crise financière actuelle. Ne sommes donc nous pas en train de mettre en place les rouages d’une future crise de la recherche et du savoir ?

La crise financière : un déséquilibre entre vente et production

Commençons par analyser la crise financière actuelle. Son origine est une vente de produits financiers dont le volume était supérieur à la richesse réelle. Or, tout système doit trouver un équilibre entre la consommation (la vente ou l’output) et la production (l’input qui participe à l’accroissement des richesses). Ce cycle de consommation et de production peut s’apparenter à la respiration d’un organisme : le poumon produit de l’oxygène « input » qui est consommé par l’organisme « output ». Si le système consomme plus d’oxygène que ce qu’il en produit, c’est l’asphyxie. Vous pouvez chercher à fluidifier le sang (on parlait de fluidifier les transactions financières en début de crise) mais ce n’est pas suffisant. Pour sortir de la crise, il faut tout simplement réduire au maximum sa consommation d’oxygène (la consommation des produits financiers doit baisser : le CAC 40 a chuté) afin de reproduire de l’oxygène (des finances saines) en quantité suffisante. La crise est due à une surconsommation de la finance (par des produits financiers complexes) par rapport à la production réelle : l’accroissement du CAC 40 (l’output indicateur de la consommation financière par la vente d’actions) était totalement déconnecté depuis plus de 7 ans de l’augmentation du PIB (l’input de la richesse). D’autre part, l’effet catalytique que doivent jouer les ventes sur le système (en dynamisant la production par l’investissement sur le long terme) est oublié au profit des gains à court terme. Ainsi, des traders consommaient de façon frénétique les finances avant même quelles soient produites par le système.

Mais pourquoi tout système a tendance à aller vers la crise ?

Tout simplement parce que la consommation est plus aisée que la production. La consommation est aussi plus difficile à contrôler car elle peut s’effectuer de multiple façon en parallèle et à une échelle de temps courte (regardez comme vous pouvez dépenser vos économies très rapidement !). En revanche, produire nécessite de l’énergie et se fait souvent grâce à une succession d’étapes sur une échelle de temps relativement longue (si une seule étape est manquée le processus entier de production peut d’ailleurs échouer)

 

 

Schéma simplifié de cycle de production et de consommation. A gauche la production lente, énergivore met en œuvre des processus en série et à droite la consommation qui peut se réaliser en parallèle et des échelles de temps courtes. Le système à tout naturellement à basculer vers la surconsommation et c’est l’asphyxie, la crise financière.

Il est ainsi étonnant de se référer en première lieu pour évaluer la santé de l’économie à des indicateurs traduisant l’aspect consumériste (l’achat d’action qui fait grimper le CAC 40) que la production financière (par exemple les PIB, la croissance). Mais notre monde a tendance à choisir des indicateurs simples, facilement réactualisables. La mesure la plus simple est alors la mesure de la consommation (mécanisme rapide). Les indicateurs sont biaisés et la régulation du système (basée sur la lecture de mauvais indicateurs) ne peut se réaliser correctement : le système s’emballe puis suit la crise.

Pour sortir de la crise et en éviter de nouvelles : adapter la consommation à la production et aux besoins

Pour éviter la crise à l’avenir, il faudra trouver des moyens de s’assurer de l’équilibre du système (avec de meilleurs indicateurs long terme reflétant la production) afin de mieux réguler le cycle production et consommation de richesse : il faut rééquilibrer input et output.

Maintenant, il faut aussi avoir conscience que la bonne évolution du système ne résulte pas seulement d’un cycle production/consommation équilibré. Ainsi pour un organisme qui veut respirer durablement, il faut que la production d’oxygène soit adaptée au besoin de l’organisme. Notre société ne doit pas plus produire que ce dont elle a réellement besoin pour assurer le développement de ses individus dans conditions d’alimentation, d’éducation, et de santé raisonnable. Produire et consommer plus que nécessaire n’est pas durable. Le développement durable est un développement qui adapte sa production à sa consommation (la crise financière démontrant que nous n’en sommes pas capable) et qui adapte sa production à ses besoins (le gaspillage actuel –la surconsommation- montre que nous en sommes encore plus loin). Bref beaucoup de remises en cause nécessaire !

Mais quel est le rapport avec l’état de la recherche actuellement ?

Par analogie, la recherche consiste à créer du nouveau savoir par le biais d’invention (l’input du système) et à appliquer ce savoir, à le consommer en quelque sorte par des innovations (l’output du système). 

 

 

 Le cycle de la recherche et du développement : création du savoir par des inventionset utilisation du savoir pour faire de l’innovation.

 

La recherche par projet : beaucoup d’innovations et peu d’inventions

Or, la recherche tend actuellement à se développer par projet impliquant un nombre limité d’équipes (3 ou 4) et sur des durées courtes (3-4 ans) par rapport à l’échelle de temps du développement d’une découverte à une application (de l’ordre de 10 à 20 ans). C’est par exemple le cas des ANR. Pour faire simple, les chercheurs proposent alors des projets qui ont plus tendance à consommer du savoir qu’à en produire. Il est plus facile d’expliquer comment on va utiliser un savoir existant pour en faire une application (une innovation) plutôt que d’expliquer que l’on va créer du nouveau savoir (sachant que par définition un nouveau savoir -une invention- ne se connaît pas à l’avance !). Pourrions-nous déposer un projet pour développer une théorie comme la théorie de la relativité ? La voie la plus facile est de présenter aux appels d’offre des projets qui vont permettre de faire des innovations avec le savoir actuel plutôt que d’exposer des intuitions qui pourront permettre de créer du savoir et d’inventions. Tout naturellement donc ces projets consomment le savoir.

Alors, que va-t-il se passer ?

Dans un premier temps, tous les indicateurs de la recherche vont virer au vert (tout comme le CAC 40 a atteint des sommets fin 2008). Ravies, toutes les universités vont faire croître leur nombre de points dans le classement de l’université de Shangaï ! Voila, un indicateur inconsistant qui tout comme le CAC 40 est basé sur le court-termisme : sinon comment pourrions-nous imaginer un instant qu’une université puisse progresser de x rang et x années ? (cf article la recherche). Les chercheurs convertis en développeurs (des traders de la recherche en quelque sorte) gagneront de l’argent et en feront gagner à leur laboratoire. Les entreprises bénéficieront de ces innovations et leurs actions vont augmenter (pensez donc elles n’auront finalement même plus besoin de financer des chercheurs dans leur propres murs). Le nombre de brevet déposés (un acte de vente « de consommation » de la recherche) augmentera. Les chercheurs -ou plutôt développeurs de recherche maintenant- mettront au point des projets de plus en plus complexes permettant de consommer du savoir avant même qu’il ne soit produit (qu’on appellera certainement après la crise de la recherche des projets « toxiques »).

 Le déséquilibre entre innovation et invention : la crise du savoir

Ce travail de recherche court-terministe (remarquez que ce mot est devenu avec la crise péjoratif) en parallèle se fait naturellement à la place d’un travail de fond à long terme et en série (travail de relais scientifique entre équipes ou une équipe bénéficie des avancées faites par d’autres équipes ayant publiés dans des revues internationales). Le savoir sera donc vendu avant d’être produit et ce sera la crise du savoir et de la connaissance qui engendrera une crise financière encore plus terrible : il n’y aura plus d’innovations pendant 10-20 ans (l’échelle de temps de la recherche) et donc plus de production innovante et de croissance financière pendant cette durée. Bref un vrai épuisement de la civilisation !

La solution pour éviter cette crise est simple : faire respirer la recherche

Il faut pour cela trouver un équilibre entre les projets consommant de la recherche pour produire de l’innovation et les projets consacrés à produire du savoir (GDR du CNRS, PNIR ...)  et en faisant travailler les équipes de recherche main dans la main (avec de l’argent pour unifier les efforts) plutôt qu’en les mettant en concurrence (avec de l’argent affecté personnellement à des chercheurs). Il faut veiller à faire émerger des projets scientifiques « inventifs » par une discussion ouverte et franche entre collègues et éviter le recours systématique à une évaluation sans échanges par un rapporteur anonyme. C’est comme cela que la recherche peut continuer à inventer. La seule chose qui rendait envieux nos collègues américains est notre façon de travailler en équipe en France et nous en sommes de démolir ce socle ! Et comme tout système doit être bien régulé pour fonctionner, il faudra choisir des indicateurs permettant de quantifier aussi bien la production de savoir que sa consommation (les premiers sont les plus difficiles à trouver). Bref tout sauf la direction prise actuellement : mais c’est vrai tout organisme a une facilité à consommer bien plus importante qu’a produire !!!

Après la crise : aller vers une recherche durable

Eviter la crise est une chose mais il faut aussi réfléchir à plus long terme. En effet équilibrer consommation et production, bref respirer, est une chose mais encore faut-il respirer durablement. La recherche pour être durable doit se préoccuper de développer du savoir visant à améliorer l’alimentation (en nourriture comme en énergie) de l’homme, son éducation et sa santé. L’éthique de la recherche doit donc se renforcer et faire fis de la pression extérieure, des lobbys et des vieux démons : copinage, corporatisme, clientélisme (souvent très enracinés en France et en Europe) pour aller vers l’éthique, l’indépendance, l’ouverture d’esprit et la mise en avant de l’intérêt général.

 

 
Enseignant-Chercheur : un métier passionnant en danger
Thursday, 05 February 2009

Le métier d’enseignant-chercheur est passionnant : il faut à la fois comprendre et maitriser des phénomènes complexes pour faire avancer la recherche et former nos étudiants pour aller plus loin dans la recherche. Il faut donc en permanence trouver un équilibre entre les multiples tâches qui sont nécessaires pour mener à bien ces missions. L’enseignement constitue à préparer puis à dispenser des cours, des TD et des travaux pratiques. La recherche qui s’effectue en laboratoire consiste à se tenir au courant des avancées des équipes de recherche à travers le monde, de mener nos actions de recherche, d’encadrer des doctorants et stagiaires travaillant dans l’équipe et de communiquer nos recherches en participant à des congrès scientifiques et en écrivant des articles scientifiques, des livres ...

A ces missions de recherche et d’enseignement s’ajoutent des tâches administratives de plus en plus lourdes mais nécessaires aux bons déroulements de ces missions de base. Au plan enseignement, il s’agit ainsi de concevoir, de construire et d’organiser sur un plan pédagogique les enseignements .... Sur le plan de la recherche, il faut monter des projets, trouver des financements, rendre compte de nos actions de recherche. A cela peut s’ajouter des taches administratives et des responsabilités plus lourdes encore permettant de faire fonctionner les laboratoires et les universités.

 

 

Répartition annuelle des heures effectuées par un enseignant-chercheur

 

Le métier d’enseignant-chercheur nécessite alors de trouver un juste équilibre entre ces missions et ces tâches. Le décret sur la modification du statut proposé par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche va déstabiliser ce délicat équilibre et aura à terme pour conséquences de pouvoir limiter notre temps passé à faire de la recherche (en donnant la possibilité au président d’université d’augmenter la charge d’enseignement) et de dévaloriser notre mission d’enseignement (en considérant l’enseignement comme une tâche moins noble que la recherche).

 C’est avec passion que nous réalisons ces tâches et avec la conscience de l’intérêt collectif existant derrière ces différentes missions. Il est très difficile pour nous de concevoir la grève et de bloquer le système alors que nous mettons toute notre énergie durant l’année pour faire avancer ce système. Mais derrière la crainte de ce décret et des conséquences sur le fonctionnement de l’université, nous nous mobiliserons.

 

 
© 2019 P. BACCHIN Scientific Home Page
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.