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Que se passe-t-il ?


1- La démocratie s'affaiblit et se transforme en ploutocratie.
Le milieu financier a pris le contrôle de la politique : il finance les campagnes mais attend des contreparties en retour [1]. Nous n'appelons plus ça de la corruption car s'est fait proprement (i.e. dans les règles), nous préférons parler de conflits d'intérêts. Mais la collusion entre finance et politique est bien là et favorise les préférences politiques des plus riches au détriment des autres. Les banksters en bande organisée ont remplacé efficacement les gangsters [2]. Cette collusion s'est fortement ancrée dans la technocratie Européenne : l'Europe ne joue plus le rôle d'ascenseur social pour laquelle elle a été initialement fondée mais est principalement soumise aux lobbies industriels et financiers. L'Europe est maintenant dévoyée pour renforcer l'intérêt des multinationales et des fonds financiers : les maîtres du monde. C'est la sainte alliance polito-financière décrite par Edgar Morin dans une tribune. Notre démocratie n'en a plus que le nom, elle a ainsi dérivée dans les dernières dizaines d'années en France en Europe mais aussi au Etats-unis vers une ploutocratie (système de gouvernement géré par et pour les riches) et se transforme dans les dernières années en dicdature financière .

2- Les inégalités se creusent et les atteintes à l'environnement se renforcent.
La ploutocratie conduit à un renforcement des inégalités (entre pauvres et riches) et des atteintes plus poussées à l'environnement (il faut exploiter la planète toujours plus profondément pour créer de la richesse). La mainmise sur le monde par les financiers a conduit à une augmentation, dans les dernières 10 années, du revenu du capital 7 fois plus rapide que le revenu du travail [3]. La théorie du ruissellement, si chère aux économistes, ne fonctionne pas [4] : c'est un mythe qui alimente les croyances de la religion de la finance. La croissance mondiale profite toujours aux plus fortunés : Oxfam rapporte que les écarts de richesse continue de se creuser. Les inégalités s'accroissent entre riches et pauvres : Plus de 80% de la richesse mondiale va au 1% les plus riches . Et en attendant les riches polluent 2000 fois plus que les pauvres ! [5]. Les ressources du monde que l'on pouvait considérer comme infinies dans les années cinquante sont consommées 1,6 fois le jour du dépassement est le 8 Août en 2019 . Comme le souligne le sociologue Pierre Bourdieu, l'Homo oeconomicus est transformé en un « monstre anthropologique », hyperrationnel, mû exclusivement par la froideur du calcul économique [13] et faisant fi des inégalités et des atteintes à l'environnement.

3- Les peurs entraînent une dérive autoritaire
L'humanité atteint donc une limite alors qu'elle croyait en une croissance infinie : en physique cela conduit à des instabilités, dans la société aussi ! C'est la fin d'une religion qui sous tendait notre société (ou au moins les maîtres du monde -politiques et financiers-). Une peur s'installe dans le système et un système qui a peur devient autoritaire pour se protéger (ou protéger ses intérêts). L'élite éduquée et médiatique est ainsi à même de basculer dans l’autoritarisme car leurs intérêts et leurs croyances sont menacés. Tout est actuellement fait pour conserver ces intérêts, pour dilapider les dernières sources de gain possibles (privatisation en série, destruction du service public au profit du privé) voire pour les mettre à l'abris dans les paradis fiscaux. La peur de perdre (pour des gens qui ont envie de gagner plus) et la déconnection avec la réalité du terrain conduisent à une rupture et à des tensions profondes. Cette situation conduit à des paradoxes à la lumière des Australiens entre enfer climatique et dirigeants climatosceptiques . Les maîtres du monde cherchent ainsi à renforcer le contrôle des populations en s'inspirant fortement de BigBrother de 1984 [6]. Le grand frère dit vouloir nous préserver de l'insécurité mais s'est pour mieux contrôler la population comme en Inde [7] ou en Chine . Bref c'est 1984, 36 ans après ! Et quand on a peur, le meilleur moyen pour contrôler la population est de créer de nouvelles peurs (peur de l'immigration, peur des extrêmes -c'est moi ou les extrêmes ! [8]-, peur du peuple qui gronde dans les chaines d'infos anxiogènes, peur de l'installation d'une dictature écologique ...). La dernière trouvaille de l'Europe est d'utiliser la peur du changement du climatique pour instaurer un état d'urgence climatique (pour contrôler la population si vous avez suivi !) ce qui fait du coup peur aux climato-sceptiques . La boucle est bouclée, le cercle vicieux de la peur est en marche !

Que faut-il faire ?

Ces constats nécessitent une évolution importante voire une révolution car il faut inverser les valeurs ! Il faut changer d'ère et passer du capitalocène à l' anthropocène (où l'espèce humaine serait la force écologique majeure) [12]. Il faut remonter très haut, à la base même de nos théories économiques pour pouvoir concevoir un changement rapide et à grande échelle. Ce chemin, cette diversité des approches, cette remise en cause des concepts hérités de l'économie néo-classique, ni la recherche, ni l'enseignement en économie ne sont en train de l'encourager. Les changements sont en effet radicaux et l'ensemble du logiciel de notre société doit changer:
  • Compétition -> Solidarité
  • Court-termisme -> Durable
  • Mondialisation -> Circularité
  • Défiance -> Confiance
  • Argent -> Humain
  • Consommation -> Raison et sobriété heureuse
  • Centralisation -> Agilité et transversalité
En terme économique, il faut passer d'une société mettant l'argent de l'individu comme la première valeur à une société mettant le bonheur collectif en harmonie avec la nature comme première valeur à rechercher et à accroître. L'intérêt collectif et la solidarité doivent primer sur le besoin de posséder de l'individu et la mise en compétition. Ses valeurs sont indispensables pour minimiser l'impact humain sur la planète.
En terme de production et de consommation, il faut décentraliser les systèmes et introduire dans ces systèmes une économie de la circularité. Les transports de matière (denrée, produits) doivent exister seulement si la production locale (ou le recyclage) est impossible. La raison doit l'emporter sur la sur-consommation, il faut aller vers une sobriété heureuse c'est à dire posséder le nécessaire pour se loger, s'habiller, se déplacer, communiquer mais supprimer le superflu (il faudra privilégier le caractère fonctionnel des produits). La publicité poussant à une surconsommation inutile sera supprimée.
En terme d'organisation politique, il faut que les décisions (sur les conditions de vie) se prennent sur le terrain à l'échelle d'un bassin de vie afin d'utiliser le bon sens des habitants et d'éviter des gaspillages (démocratie participative). Il faut que les choix soient toujours mis dans le contexte de la durabilité. Les supra-gouvernements devront faire confiance aux décisions locales et appliquer un principe général de subsidiarité.

Comment faut-il faire ?

En bref, il faudrait faire une révolution mais attention ! C'est bien d'une révolution [9] qu'il s'agit car il faut faire faire à notre société un demi-tour pour passer d'un monde passionné par la consommation à un monde de raison et de sobrité [10] limitant les inégalités et les atteintes à la planète. Mais la révolution est dangereuse pour l'humanité et la planète : le désordre lié à une révolution engendre de l'entropie et la planète n'en a pas besoin ! Dans une tribune, Edgar Morin souligne : "Je crains donc que le soulèvement populaire ne débouche non seulement sur une répression réactionnaire, mais sur une aventure qui conduirait au pouvoir d'une néo-dictature". Comme l'analyse finement Bernard Werber , Ne t'attaque pas au système, démode-le ! car "Le Système est trop grand, trop lourd, trop ancien, trop complexe". Il faut donc démoder notre système.
  • Pour ceux qui pensent que c'est impossible : un pays l'a fait Le Bonheur national brut peut-il remplacer le PIB ? Voir également l'institut économique du bonheur..
  • Pour ceux qui pensent que c'est bisounours : Le Bonheur national brut : ce qu'il faut savoir sur une idée pas si "bisounours" .
  • Pour les économistes sceptiques, Jeremy Rifkin a proposé dans son livre "Troisième Révolution Industrielle" [11] une transition entre la société actuelle et le futur avec une (re)continentalisation de l'économie (pour supprimer les échanges matériels inter-continentaux non nécessaires -l'échange d'information sera toujours indispensable-) et la création de biosphères (organisation de communautés -bassin de vie- relativement autonomes en produits de première nécessité -énergie, eau, alimentaire...- et d'équipements -pour limiter les déplacements- mais inter-connectées entre elles -sur le principe des smart grid-).
  • Pour les technologues, il faudra utiliser les connaissances et techniques actuelles pour créer ces systèmes d'habitat, d'organisation et de services en optimisant la production durable des ressources (eau, énergie, aliment, produit) ainsi que le recyclage pour générer de la circularité. La connexion de ces "biosphères" sera essentielle car l'échange d'information et de flux de matière et d'énergie est la condition nécessaire pour réduire l'entropie (l'échange de l'information conduit à de la néguentropie quand cela se fait de façon "intelligente" comme dans un système biologique).
  • Pour ceux qui ont besoin de croire (en des dieux matériels -comme celui de la fortune pour les financiers !- ou en des dieux spirituels classiques), cela conduit à revenir au culte de la « Déesse mère » de la mythologie grecque, Gaïa (du grec ancien Γαῖα « Terre ») : c'est la déesse primordiale identifiée, mère de toutes les lignées de dieux qui s'opposent aujourd'hui !
Evolution radicale nécessaire ou révolution subie : tout sera une question de prise de conscience 1) des maîtres du monde (politiques et financiers) 2) des citoyens au niveau mondial ! Il n'y a pas de plan B.

Illustration de ces dérives dans le monde de la recherche

... en cours d'écriture ...
Cette évolution macabre et la révolution nécessaire se retrouve dans tous les domaines de la société. Alors que se passe-t-il ? et Que faut-il faire ? dans le domaine de la recherche.
Que se passe-t-il ? Le Darwinisme ou quand on veut qu'un individu payé cher remplace le collectif
Que faut-il faire ? Le CNRS ne doit pas jouer les pompiers pyromanes . La compétition pervertit la recherche. La coopération dans les laboratoires (dont le modèle fait envie aux collègues Américains) doit rester le socle de la recherche Française.

Références


[1] Le prix de la démocratie, Julia cage, Fayard, 2018 et un interview sur Mediapart
[2] En bande organisée, Flore Vasseur, J'ai lu, 2015
[3] Le capital au XXIe siècle, 2013, Thomas Piketty, 2013 et une synthèse intéressante
[4] Le mythe de la « théorie du ruissellement », Arnaud Parienty, La Découverte, 2018
[5] Carbon and inequality: from Kyoto to Paris, Lucas Chancel, Thomas Piketty
[6] 1984, George Orwell, 1949
[7] En 2018 l'Inde a commencé à deployer des caméras avec reconnaissance faciale pour, disait-elle, retrouver des enfants disparus. En 2019 elle s'en sert pour identifier les Indiens qui viennent régulièrement manifester contre le gouvernement fédéral.
[8] Dans une période de déclin, la peur prend tendanciellement le pas sur la rationalité en politique, et oriente le vote davantage vers l’individualisme plutôt que vers la solidarité. Extrait de
[9] Voir les articles d'Aurélien Barrau https://www.liberation.fr/debats/2019/12/26/nous-manquons-tellement-d-audace_1771120 et une analyse intéressante https://twitter.com/JeanMassiet/status/1211058728625168386
[10] Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhil, Acte sud, 2010
[11] Troisième révolution industrielle, Jérémy Rifkin, Les liens qui libèrent, 2012
[12] Le capitalocène, Aux racines historiques du dérèglement climatique, Armel Campagne, 2017
[13] Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux , Daniel Cohen,Albin MIchel, 2013
Les trois maux Français: corporatisme, défiance et irresponsabilité politique (une illustration dans le système universitaire)

En France, il est possible d'identifier trois problèmes qui limitent le développement du pays: la défiance (Algan, Cahuc et Zylberberg, la Fabrique de la Défiance 2012); le corporatisme et l'irresponsabilité politique (de closets, Le divorce Français, 2008). Ces maux engendrent un fonctionnement hiérarchique basé sur la défiance qui s'avère au niveau global bien peu efficace. Ces maux se retrouvent à tous les niveaux et dans toutes les institutions. Je prendrai ici le cas de l'université (dont je connais trop bien les problèmes!) pour illustrer concrètement les conséquences de ces maux. J'essayerai d'en tirer également des solutions qui ont déjà quelquefois pu à petite échelle améliorer le fonctionnement.

La défiance est une des plaies du système Français (voire Européen). Ce sentiment conduit à considérer a priori l'autre comme un possible fraudeur. On édicte alors des règles qui s'appliquent à tous pour éventuellement empêcher la fraude d'un. Pour un possible fraudeur, on ralentit ainsi l'ensemble des individus. Des pages entières pourraient être écrites sur l'absurdité de ces règles dans une université ou au niveau national (la procédure des marchés qui conduit i) à avoir des prix plus cher dans la collectivité que pour un particulier ii) à détruire massivement des emplois dans des petites sociétés Françaises au profit de multinationale souvent étrangères iii) à faire perdre du temps à tous en multiple démarche -règle des 3 devis pour le premier euro-). Ces règles et procédures sclérosent tous les systèmes et les personnes travaillent au final pour appliquer des règles mais pas pour faire avancer le système dans lequel elles travaillent. La "société de méfiance" dans laquelle nous vivons fait que le comportement des citoyens (tel qu'il est perçu par l'administration) doit toujours être plus surveillé et encadré. Les individus non fraudeur pour survivre mettent leur énergie à essayer d'appliquer les règles puis, si ce n'est pas possible ou trop difficile, trouvent des stratégies pour contourner ces règles ce qui en appellent de nouvelles et le système se paralyse. Les fraudeurs eux ne sont pas inquiétés pour autant. On peut éviter de tomber dans ce cercle vicieux, des pays comme les Etats Unis partent à priori avec des notions de confiance mais celui qui triche est durement sanctionné. Mais lorsque on veut appliqué le système Américain en France on oublie trop vite qu'une simple transposition n'est pas adaptée. Ainsi pour suivre l'exemple Américain, en France on a fait miroiter aux universités l'autonomie: ce qui devrait se traduire par plus de liberté et des choix possibles. Mais on a oublié qu'en France la doctrine Jacobiniste (une bureaucratie centralisée contrôlée par des technocrates "Parisiannistes") édictent des règles si nombreuses et contraignantes que l'autonomie ne sert à rien ; les choix se restreignent le plus souvent à une seule possibilité, la même pour tous. L'autonomie n'a été pour l'état que la solution pour se débarrasser de problèmes et au passage de transférer des charges sans donner de moyens supplémentaires. Ce n'était pas la bonne solution pour l'université, l'autonomie ne peut fonctionner sans la confiance !

La solution est d'instaurer la confiance par une meilleure connaissance de l'autre, de ces problèmes et de ces contraintes. Les règles ne doivent pas s'appliquer pour éviter les fraudeurs mais pour permettre un fonctionnement organisé et cohérent du système qu'elles sont censées réguler: il faut introduire de la flexibilité dans ces règles. Il faut multiplier les contrôles (pour pouvoir appréhender les fraudeurs) mais assouplir les règles qui s'appliquent à tous. La règle des marchés publics n'empêchent toujours pas la corruption (des affaires apparaissent toutes les semaines dans les actualités) mais sclérose le fonctionnement public. Au contraire, toute affectation de moyens par l'état devrait être basée sur la confiance envers celui qui sera amené à l'utiliser. Par contre, des contrôles doivent s'opérer et les tricheurs durement sanctionnés.

Le corporatisme est très implanté en France. Cela conduit à former des groupes avec une idéologie collective (limitant la liberté de pensée individuelle) et surtout à développer une notion de défense du groupe établi, du sérail. Un exemple typique, particulièrement bien établi dans les universités, est la Franc-maçonnerie: ce groupe de réflexion se voulant humaniste au départ est devenu au fil du temps un groupe de pression qui cherche à placer ces éléments dans tous les rouages en haut de la pyramide. L'idée est alors de placer des personnes appartenant au groupe. Ce fonctionnement clanique est encore bien présent dans de nombreuses institutions. Par endogamie, ces groupes se déconnectent de la société (c'est- à-dire des individus). Ce comportement corporatiste (ou clanique) renforce un fonctionnement hiérarchique fort pyramidal et une guéguerre permanente entre les groupes et est générateur de défiance. Tout système naturel (corps humains, écosystème, ...) fonctionnant sur ce schéma là serait voué à une disparition rapide car mal adapté à son environnement. Des études montrent que ce schéma semble s'être installé en France dans les années 1950. Combien de temps encore les Français gâcheront leurs temps et de leur énergie dans ce système clanique alors que la solution repose sur une meilleure interaction (constructive) entre les individus ?

La solution est d'enlever le pouvoir à ces groupes claniques et le redonner aux individus. Au niveau politique, cela revient à redonner le pouvoir à la société civile au lieu de le concentrer sur un serail politique déconnecté de la réalité. Au niveau Universitaire, cela doit se traduire par un décloisonnement entre les administratifs / enseignants / chercheurs. Ces différents groupes habitent chacun dans une pyramide et travaillent sans connaître les contraintes de l'autre groupe. Il faut établir des liens entre ces groupes en demandant aux administratifs de faire des séjours en laboratoire et aux enseignant-chercheurs de se déplacer dans les services. Les différents groupes peuvent alors comprendre les contraintes et les problèmes de chacun et travailler en synergie. L'idée de supplémentarité entre individus s'instaure alors: chacun comprend à quoi il sert dans le fonctionnement de l'organisme pour lequel il travaille. La défiance initiale est progressivement transformée en confiance. C'est ce type de solution qu'il faut appliquer au niveau national. Comme discuté dans les livres de Jeremy Rifkin (La troisième révolution industrielle, 2012), il est probable aussi que l'économie verticale (pyramidale) soit remplacée par l'économie horizontale (circulaire) et par des communaux collaboratifs ( à écouter: rediffusion France inter 18h 25/09/2014).

L'irresponsabilité politique: l'absence de compromis. Il est malheureusement presque inutile d'argumenter sur l'irresponsabilité politique tant cela est un sentiment partagé par le citoyen. Il suffit de regarder une séance de l'assemblée pour s'apercevoir que 80 % du temps et de l'énergie consommé par un politique (et qu'il devrait consacrer à son pays) sert à alimenter une guéguerre civile. On a l'impression que la politique repose sur un besoin affligeant de polémique : seul les guerriers de la politique s'affichant comme chef de meute semble pouvoir conserver leur poste et progresser. La guéguerre veut dire également qui faut faire des cadeaux à ses loyaux combattants et chercher à détruire les succès de ses opposants. Cette irresponsabilité tire probablement ces origines de la lutte de pouvoir qui veut que dans des sociétés pas assez civilisées (ou trop médiatisées) la lutte est remportée par ceux qui crient le plus fort, le chef du clan corporatiste. Les générations de politique ont donc assis leur pouvoir en guerroyant et en polémiquant plus fort que les autres. Tout ceci empêche le compromis et la recherche de ce qu'il est le mieux pour le pays. C'est malheureusement un gâchis financier énorme. Les politiques sont généralement bien formé et devrait servir le pays or ils passent un temps important à alimenter des polémiques destructives et annihile le travail responsable que de politiques responsables (1+1 = 0!). D'autre pays comme l'Allemagne ne sont pas dans la polémique mais dans l'action pragmatique et la recherche de solutions. Ne serait ce pas parce que la société Allemandes est contrôlée par des technocrates et ingénieurs (qui cherche des solutions pour le collectif) alors que la France est contrôlée par des Enarques ou des avocats (qui cherchent le pouvoir et la victoire individuelle) ? On peut noter aussi noter que plus les politiques sont prêts des problèmes des individus (comme les maires de petites villes) et de la réalité du terrain plus leurs actions sont orientées vers le collectif.

La solution: L'action politique (direction comme syndicalisme) ne doit pas être un métier ce qui conduit à terme à ne penser qu'à rendre sa fonction pérenne (en aboyant le plus fort) et à ne pas chercher l'efficacité de sa mission. Il faut des personnes plus pragmatique missionnée pour une action à la tête du pouvoir pour de courtes durées. Ces politiques ne seraient alors là que pour trouver des solutions aux problèmes de leur pays mais pour trouver des compromis qui équilibreraient et donneraient de la constance à l'action politique. Par ailleurs, l'absence de volonté de contrôler le pouvoir pour le conserver doit permettre d'instiller plus de subsidiarité dans les systèmes et donc de confiance. La discussion pour trouver un compromis aurait par ailleurs une vertu civique. C'est donc une série de mauvaises mœurs politiques à changer. En sommes-nous capables et à quelle échelle de temps?

Ces solutions reposent malheureusement sur une prise de conscience et un changement en profondeur de la société Française. L'évolution sera lente mais bien meilleure que de sombrer dans le radicalisme.

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Actuellement, la politique de la recherche mise en oeuvre consiste à développer la recherche par projet. Cette façon de faire de la recherche a plus tendance à consommer du savoir qu’à en produire et peut à long terme occasionner un déséquilibre. C’est un déséquilibre du même type entre la consommation et production financière qui est à l’origine de la crise financière actuelle. Ne sommes donc nous pas en train de mettre en place les rouages d’une future crise de la recherche et du savoir ?

La crise financière : un déséquilibre entre vente et production

Commençons par analyser la crise financière actuelle. Son origine est une vente de produits financiers dont le volume était supérieur à la richesse réelle. Or, tout système doit trouver un équilibre entre la consommation (la vente ou l’output) et la production (l’input qui participe à l’accroissement des richesses). Ce cycle de consommation et de production peut s’apparenter à la respiration d’un organisme : le poumon produit de l’oxygène « input » qui est consommé par l’organisme « output ». Si le système consomme plus d’oxygène que ce qu’il en produit, c’est l’asphyxie. Vous pouvez chercher à fluidifier le sang (on parlait de fluidifier les transactions financières en début de crise) mais ce n’est pas suffisant. Pour sortir de la crise, il faut tout simplement réduire au maximum sa consommation d’oxygène (la consommation des produits financiers doit baisser : le CAC 40 a chuté) afin de reproduire de l’oxygène (des finances saines) en quantité suffisante. La crise est due à une surconsommation de la finance (par des produits financiers complexes) par rapport à la production réelle : l’accroissement du CAC 40 (l’output indicateur de la consommation financière par la vente d’actions) était totalement déconnecté depuis plus de 7 ans de l’augmentation du PIB (l’input de la richesse). D’autre part, l’effet catalytique que doivent jouer les ventes sur le système (en dynamisant la production par l’investissement sur le long terme) est oublié au profit des gains à court terme. Ainsi, des traders consommaient de façon frénétique les finances avant même quelles soient produites par le système.

Mais pourquoi tout système a tendance à aller vers la crise ?

Tout simplement parce que la consommation est plus aisée que la production. La consommation est aussi plus difficile à contrôler car elle peut s’effectuer de multiple façon en parallèle et à une échelle de temps courte (regardez comme vous pouvez dépenser vos économies très rapidement !). En revanche, produire nécessite de l’énergie et se fait souvent grâce à une succession d’étapes sur une échelle de temps relativement longue (si une seule étape est manquée le processus entier de production peut d’ailleurs échouer)

 

 

Schéma simplifié de cycle de production et de consommation. A gauche la production lente, énergivore met en œuvre des processus en série et à droite la consommation qui peut se réaliser en parallèle et des échelles de temps courtes. Le système à tout naturellement à basculer vers la surconsommation et c’est l’asphyxie, la crise financière.

Il est ainsi étonnant de se référer en première lieu pour évaluer la santé de l’économie à des indicateurs traduisant l’aspect consumériste (l’achat d’action qui fait grimper le CAC 40) que la production financière (par exemple les PIB, la croissance). Mais notre monde a tendance à choisir des indicateurs simples, facilement réactualisables. La mesure la plus simple est alors la mesure de la consommation (mécanisme rapide). Les indicateurs sont biaisés et la régulation du système (basée sur la lecture de mauvais indicateurs) ne peut se réaliser correctement : le système s’emballe puis suit la crise.

Pour sortir de la crise et en éviter de nouvelles : adapter la consommation à la production et aux besoins

Pour éviter la crise à l’avenir, il faudra trouver des moyens de s’assurer de l’équilibre du système (avec de meilleurs indicateurs long terme reflétant la production) afin de mieux réguler le cycle production et consommation de richesse : il faut rééquilibrer input et output.

Maintenant, il faut aussi avoir conscience que la bonne évolution du système ne résulte pas seulement d’un cycle production/consommation équilibré. Ainsi pour un organisme qui veut respirer durablement, il faut que la production d’oxygène soit adaptée au besoin de l’organisme. Notre société ne doit pas plus produire que ce dont elle a réellement besoin pour assurer le développement de ses individus dans conditions d’alimentation, d’éducation, et de santé raisonnable. Produire et consommer plus que nécessaire n’est pas durable. Le développement durable est un développement qui adapte sa production à sa consommation (la crise financière démontrant que nous n’en sommes pas capable) et qui adapte sa production à ses besoins (le gaspillage actuel –la surconsommation- montre que nous en sommes encore plus loin). Bref beaucoup de remises en cause nécessaire !

Mais quel est le rapport avec l’état de la recherche actuellement ?

Par analogie, la recherche consiste à créer du nouveau savoir par le biais d’invention (l’input du système) et à appliquer ce savoir, à le consommer en quelque sorte par des innovations (l’output du système).

 

 

Le cycle de la recherche et du développement : création du savoir par des inventionset utilisation du savoir pour faire de l’innovation.

 

La recherche par projet : beaucoup d’innovations et peu d’inventions

Or, la recherche tend actuellement à se développer par projet impliquant un nombre limité d’équipes (3 ou 4) et sur des durées courtes (3-4 ans) par rapport à l’échelle de temps du développement d’une découverte à une application (de l’ordre de 10 à 20 ans). C’est par exemple le cas des ANR. Pour faire simple, les chercheurs proposent alors des projets qui ont plus tendance à consommer du savoir qu’à en produire. Il est plus facile d’expliquer comment on va utiliser un savoir existant pour en faire une application (une innovation) plutôt que d’expliquer que l’on va créer du nouveau savoir (sachant que par définition un nouveau savoir -une invention- ne se connaît pas à l’avance !). Pourrions-nous déposer un projet pour développer une théorie comme la théorie de la relativité ? La voie la plus facile est de présenter aux appels d’offre des projets qui vont permettre de faire des innovations avec le savoir actuel plutôt que d’exposer des intuitions qui pourront permettre de créer du savoir et d’inventions. Tout naturellement donc ces projets consomment le savoir.

Alors, que va-t-il se passer ?

Dans un premier temps, tous les indicateurs de la recherche vont virer au vert (tout comme le CAC 40 a atteint des sommets fin 2008). Ravies, toutes les universités vont faire croître leur nombre de points dans le classement de l’université de Shangaï ! Voila, un indicateur inconsistant qui tout comme le CAC 40 est basé sur le court-termisme : sinon comment pourrions-nous imaginer un instant qu’une université puisse progresser de x rang et x années ? (cf article la recherche). Les chercheurs convertis en développeurs (des traders de la recherche en quelque sorte) gagneront de l’argent et en feront gagner à leur laboratoire. Les entreprises bénéficieront de ces innovations et leurs actions vont augmenter (pensez donc elles n’auront finalement même plus besoin de financer des chercheurs dans leur propres murs). Le nombre de brevet déposés (un acte de vente « de consommation » de la recherche) augmentera. Les chercheurs -ou plutôt développeurs de recherche maintenant- mettront au point des projets de plus en plus complexes permettant de consommer du savoir avant même qu’il ne soit produit (qu’on appellera certainement après la crise de la recherche des projets « toxiques »).

Le déséquilibre entre innovation et invention : la crise du savoir

Ce travail de recherche court-terministe (remarquez que ce mot est devenu avec la crise péjoratif) en parallèle se fait naturellement à la place d’un travail de fond à long terme et en série (travail de relais scientifique entre équipes ou une équipe bénéficie des avancées faites par d’autres équipes ayant publiés dans des revues internationales). Le savoir sera donc vendu avant d’être produit et ce sera la crise du savoir et de la connaissance qui engendrera une crise financière encore plus terrible : il n’y aura plus d’innovations pendant 10-20 ans (l’échelle de temps de la recherche) et donc plus de production innovante et de croissance financière pendant cette durée. Bref un vrai épuisement de la civilisation !

La solution pour éviter cette crise est simple : faire respirer la recherche

Il faut pour cela trouver un équilibre entre les projets consommant de la recherche pour produire de l’innovation et les projets consacrés à produire du savoir (GDR du CNRS, PNIR ...)  et en faisant travailler les équipes de recherche main dans la main (avec de l’argent pour unifier les efforts) plutôt qu’en les mettant en concurrence (avec de l’argent affecté personnellement à des chercheurs). Il faut veiller à faire émerger des projets scientifiques « inventifs » par une discussion ouverte et franche entre collègues et éviter le recours systématique à une évaluation sans échanges par un rapporteur anonyme. C’est comme cela que la recherche peut continuer à inventer. La seule chose qui rendait envieux nos collègues américains est notre façon de travailler en équipe en France et nous en sommes de démolir ce socle ! Et comme tout système doit être bien régulé pour fonctionner, il faudra choisir des indicateurs permettant de quantifier aussi bien la production de savoir que sa consommation (les premiers sont les plus difficiles à trouver). Bref tout sauf la direction prise actuellement : mais c’est vrai tout organisme a une facilité à consommer bien plus importante qu’a produire !!!

Après la crise : aller vers une recherche durable

Eviter la crise est une chose mais il faut aussi réfléchir à plus long terme. En effet équilibrer consommation et production, bref respirer, est une chose mais encore faut-il respirer durablement. La recherche pour être durable doit se préoccuper de développer du savoir visant à améliorer l’alimentation (en nourriture comme en énergie) de l’homme, son éducation et sa santé. L’éthique de la recherche doit donc se renforcer et faire fis de la pression extérieure, des lobbys et des vieux démons : copinage, corporatisme, clientélisme (souvent très enracinés en France et en Europe) pour aller vers l’éthique, l’indépendance, l’ouverture d’esprit et la mise en avant de l’intérêt général.

 

Il faut savoir que l’échelle de temps de la recherche est particulièrement longue. Les étapes de production, développement et recherche ont chacune une échelle de temps spécifique. Produire peut prendre une journée, une semaine voire un mois pour un objet compliqué. Mais cela ne sera possible qu’à condition que vous ayez eu une idée précise de la façon dont il faut produire cet objet : un plan ou un guide. C'est-à-dire qu’avant de produire, il aura fallu développer le schéma de cette production, qu’il aura fallu réfléchir afin que la production puisse s’opérer efficacement. Produire un objet aura alors nécessité des dizaines d’essais de production différents, des étapes de réflexion avant d’arriver à établir le plan pour la production. Pour un objet pouvant se fabriquer en une semaine, cette étape de développement aura donc nécessité une vingtaine de semaine, c'est-à-dire quatre ou cinq mois. Maintenant, il aura fallu, pour développer le plan de production, s’appuyer sur des outils, des techniques et des concepts résultant de découvertes. Ces découvertes sont issues de travaux de recherche qui eux même auront nécessité des dizaines et dizaines d’opération de développement et de réflexion afin d’aboutir à la découverte. Pour un objet pouvant se fabriquer en une semaine et nécessitant cinq mois (7*20 jours) de développement c’est ainsi une centaine de mois de recherche (7*20*20 jours soit une dizaine d’année) qu’il aura fallu. Pour un objet, nécessitant 15 jours de production, c’est une vingtaine d’année qui seront nécessaire.

Le métier d’enseignant-chercheur est passionnant : il faut à la fois comprendre et maitriser des phénomènes complexes pour faire avancer la recherche et former nos étudiants pour aller plus loin dans la recherche. Il faut donc en permanence trouver un équilibre entre les multiples tâches qui sont nécessaires pour mener à bien ces missions. L’enseignement constitue à préparer puis à dispenser des cours, des TD et des travaux pratiques. La recherche qui s’effectue en laboratoire consiste à se tenir au courant des avancées des équipes de recherche à travers le monde, de mener nos actions de recherche, d’encadrer des doctorants et stagiaires travaillant dans l’équipe et de communiquer nos recherches en participant à des congrès scientifiques et en écrivant des articles scientifiques, des livres ...

A ces missions de recherche et d’enseignement s’ajoutent des tâches administratives de plus en plus lourdes mais nécessaires aux bons déroulements de ces missions de base. Au plan enseignement, il s’agit ainsi de concevoir, de construire et d’organiser sur un plan pédagogique les enseignements .... Sur le plan de la recherche, il faut monter des projets, trouver des financements, rendre compte de nos actions de recherche. A cela peut s’ajouter des taches administratives et des responsabilités plus lourdes encore permettant de faire fonctionner les laboratoires et les universités.

 

Répartition annuelle des heures effectuées par un enseignant-chercheur

 

 

Le métier d’enseignant-chercheur nécessite alors de trouver un juste équilibre entre ces missions et ces tâches.

 

But what are these sciences  ?